Le Nyiracongo, un album sur Flickr.
samedi 17 septembre 2011
mercredi 14 septembre 2011
La résistance
Nos premiers mois dans la région des grands lacs africains n’ont pas été très faciles. Malgré tout ce qui s’est passé, nous avons tout de même voulu profiter de nos moments ici, qu’ils soient bons ou mauvais. Alors un matin, pleins de bonnes intentions, nous avons revêtu nos habits de touristes pour visiter les lieux les plus spectaculaires de la RDC. D’abord, les gorilles. Quelques jours avant le grand départ cependant, nous avons appris par les nouvelles locales qu’un groupe de personnes avait tenté de faire passer en douce un bébé gorille à la frontière de Gisenyi. Depuis le début de l’année 2011, 11 gardes-chasses ont ainsi été tués par ce genre de braconniers. Par mesure de sécurité, nous nous sommes résignés.
Il nous restait tout de même le Nyiragongo. Il est en effet possible d’escalader les 1700 m d’où s’élèvent le volcan et de passer la nuit au sommet pour admirer le cratère encore bouillant de lave. Mais la veille de notre départ, Étienne est brûlant de fièvre. Nous sacrifions donc notre périlleuse aventure pour passer la journée dans un hôpital un peu douteux de Goma. Ce n’est que partie remise, car nous ne manquons pas de volonté. Nous décidons alors d’entreprendre la montée la semaine suivante. Il faut quand même préciser que, bien que nous soyons généralement très actifs, il y avait plus d’un mois que nous n’avions pas pratiqué un sport quelconque. Ceci combiné à nos problèmes de santé divers, nous étions loins d’être à un niveau énergétique optimal (Étienne aura en effet perdu 30lbs lors de son séjour). Mais nous avions fait de cette escalade une affaire personnelle: le symbole de notre résistance.
Ambitieux, nous avons choisi d’effectuer l’aller-retour dans la même journée. Nous étions également accompagnés de 3 gardes-chasses armés jusqu’aux dents. En croisant le chemin d’un deuxième groupe transportant un lance-rocket vers le sommet, je les questionne sur l’état de la sécurité des environs. On me répond qu’il n’y a plus de groupes armés dans la région depuis longtemps, mais que les armes jouent un rôle préventif et dissuasif. J’aurais pu leur mentionner qu’on a beaucoup plus de chance d’être la cible de tirs ennemis lorsque l’on possède une arme et que l’on représente une menace, mais j’étais beaucoup trop concentrée à évacuer mes anxiétés, mes déprimes et ma colère passées sur les pentes raides et rocheuses du volcan.
Nous avons marché ainsi durant plus de 10 heures, bercés par les vieux succès de Céline Dion, Natasha Saint-Pierre et Bryan Adams. En effet, malgré leurs gros canons, nos gardes-chasses étaient de profonds sentimentaux qui trainaient partout une petite radio. Nous, ça nous a surtout encouragé à atteindre le sommet plus rapidement.
Nous avons finalement vaincu la bête, avec les ischio-jambiers tendus comme de la corde, les genoux qui pliaient vers l’intérieur et le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Ça nous prendra près d’une semaine pour oser affronter de nouveau un escalier, tellement nos muscles nous ont fait souffrir. Mais au bout du compte, on se dira que ça a valu la peine.
Pour souligner cet accomplissement, mais également le départ éminent d’Étienne pour le Canada, un couple d’amis congolais nous ont invité à partager un repas.
Pour une petite mise en contexte, les familles congolaises sont particulièrement nombreuses. Il n’est pas rare par exemple de compter plus de 8 enfants chez un couple monogame. Crispin et Rosine en sont d’ailleurs à leur 7ième garçon. En fait, le statut social d’une femme congolaise dépend notamment de sa capacité à procréer. J’ai compris cette norme sociale beaucoup trop tard cependant, en voyant le visage horrifié de mes collègues lorsque je leur ai avoué que je n’avais pas encore d’enfants et ce, après des années de vie commune avec Étienne. Mais le contexte canadien est différent, surtout d’un point de vue économique, et mes amies le savent bien. C’est que les familles nombreuses sont également une garantie de soutien pour les parents qui atteindraient un âge avancé dans un endroit où il n’existe aucun filet social. Mais attention, les petits congolais sont loin d’être les enfants-rois que l’on élève chez nous. Pour bien gérer une famille nombreuse, il faut la participation de chacun.
Pour une petite mise en contexte, les familles congolaises sont particulièrement nombreuses. Il n’est pas rare par exemple de compter plus de 8 enfants chez un couple monogame. Crispin et Rosine en sont d’ailleurs à leur 7ième garçon. En fait, le statut social d’une femme congolaise dépend notamment de sa capacité à procréer. J’ai compris cette norme sociale beaucoup trop tard cependant, en voyant le visage horrifié de mes collègues lorsque je leur ai avoué que je n’avais pas encore d’enfants et ce, après des années de vie commune avec Étienne. Mais le contexte canadien est différent, surtout d’un point de vue économique, et mes amies le savent bien. C’est que les familles nombreuses sont également une garantie de soutien pour les parents qui atteindraient un âge avancé dans un endroit où il n’existe aucun filet social. Mais attention, les petits congolais sont loin d’être les enfants-rois que l’on élève chez nous. Pour bien gérer une famille nombreuse, il faut la participation de chacun.
Donc après un souper bien arrosé, nous décidons de visiter une boîte de nuit du quartier, question de donner une dernière bonne impression à Étienne. Mais en mettant le pied dans l’établissement, une bagarre violente éclate. Nous avons tout juste le temps de nous précipiter vers la sortie avec la foule tout en évitant de marcher dans les flaques de sang qui jonchaient le sol. Crispin s’exclame alors: «Vous voyez, nous sommes de bons chrétiens, et Dieu ne voulait pas qu’on entre dans cet endroit». Je crois bien que je vais finir croyante!
On passera le reste de la soirée dans un lieu très sympa, dont Étienne gardera de bons souvenirs. On n'aura pas tout perdu après tout!
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